Faut-il snober le snob ?


Le snob aime paraître éclectique . Il ne prend pas grand chose au sérieux. D'ailleurs le snob préfère concentrer toute son intelligence sur des conneries plutôt que de mobiliser toute sa connerie sur des choses intelligentes. Sa patience a des limites... mais il ne faut pas exagérer. Il ne connaît aucune blague belge. Il est extrêmement prétentieux.
Bref, le snob est coupable.
Jeudi 22 novembre 2007

Image Hosted by ImageShack.us

Red Son : an else world


Superman, personnage archétypal américain à l'instar de Mickey Mouse ?


Dans un scénario légèrement différent (une uchronie), Mark Millar a imaginé que la fusée renfermant le petit alien atterrissait 12 heures plus tard, dans une sorte de "Malenkygrad" kolkhosien d'Ukraine. L'enfant est donc élevé dans une laborieuse (mais joyeuse) communauté agricole du peuple, où il prend peu à peu conscience de ses pouvoirs, puis monte à Moscou pour se rendre utile. Très vite repéré par les services de renseignement de Staline, on lui propose un poste de Surhomme du Parti, futur successeur du petit père des peuples. En pleine période d'hostilité grondante avec les USA, une gigantesque propagande est orchestrée autour de cet individu costumé plus fort que toutes les armes américaines, ce super héros alien converti à l'idéal communiste, arborant la faucille et le marteau sur sa poitrine robuste.


Les idéaux de Superman sont toutefois plus nobles, il ne veut pas de la direction du Parti " Je suis venu à Moscou pour aider l'homme de la rue. Je suis un travailleur, pas un tribun". Le héros sauve des vies à foison, y compris de l'autre côté de l'océan Pacifique, l'occasion pour lui de rencontrer Loïs Lane.

Pourtant, les circonstances vont le pousser à prendre le pouvoir après la mort de Staline et à construire le monde parfait auquel toute sa nature d'extraterrestre aspire.

Image Hosted by ImageShack.us 
Lénine, Staline, Khrouchtch Superman...


Graphiquement, le travail de Dave Johnson, puis de Kilian Plunkett, est vraiment saisissant. Les couvertures originales, les pleines pages, et même certaines vignettes du comics, sont (très) inspirées de l'imagerie totalitaire communiste, que ce soit les monuments ou les attitudes des personnages. Et oh surprise, le côté si américain des mâles mâchoires carrées colle pertinemment au style propagandiste soviétique.



Vous le comprendrez vite, Red Son est une oeuvre riche et hyper-référentielle.

Dans cette habile uchronie, d'autres personnages de l'histoire originale de Superman sont également de la partie. On voit ainsi Martha Kent craindre que Superman surveille les habitants de Smallville jusque dans leurs toilettes. Loïs Lane devient toujours la rédactrice en chef du Daily Planet mais elle épouse Lex Luthor et ne connaîtra que fort peu Superman, pour lequel elle éprouve cependant de l'attirance (la dernière partie du comics est de ce point de vue excellente, on y voit Loïs en clone racinairement décollé d'Hillary Clinton lutter contre Superman aux côtés de son puissant époux). Lex Luthor en génial savant fou appelé à devenir le maître de l'univers, délaisse toutes ses occupations pour se consacrer entièrement à Superman.


Image Hosted by ImageShack.us

Batkounine : l'anarchie était en noir


D'autres héros, bien connus de nos services, entrent dans l'intrigue d'une façon inattendue. Les Amazones de Paradise Island se rapprochent de Staline pour ses idées avancées en matière de droit des femmes et Wonder Woman devient ainsi l'alliée occasionnelle de Superman. On retrouve aussi un jeune garçon, dont la famille a été massacrée pour les besoins de la cause communiste, se réfugier dans les égouts au milieu des chauves-souris, puis devenir le principal ennemi du monde parfait que Superman a mis en place, incarnant l'anarchie en chapka fourrée.



Superman Red Son est mon premier comics et une excellente surprise (grand merci au généreux philanthrope qui me l'a fait découvrir) :

M. Millar, D. Johnson, K. Plunkett, Superman Red Son, 2003, édité chez Panini Comics 2005 (version française).



Quelques citations :


"Six millions de vies épargnées, un incident évité qui aurait pu déclencher une guerre... et mon souvenir le plus marquant de cette journée mesurait 1,56 m et portait Chanel n°5."


" Excusez-moi de déranger une parfaite soirée d'oppression totalitaire, mais j'ai un message pour ceux qui tiennent à la vie."


"Norman Rockwell, la tourte aux pommes, la bannière étoilée et le quatre juillet : le président m'a commandé une création qui symboliserait tout ça et qui rendrait à l'Amérique une fierté dont elle a bien besoin."

 

 

 

 

 

 

 

 



Par NounouOgg - Publié dans : Rubis d'orteil
Ecrire un commentaire - Recommander - Voir les 2 commentaires
Mardi 2 octobre 2007


Certains acteurs sont renommés pour l'expressivité de leur visage ou pour leur capacité à transmettre (ou tout simplement à faire comprendre) des émotions par leur jeu, rien qu'en modelant leur image. L'exemple qui me vient tout de suite en tête est celui d'Orson Welles.
À l'opposé, d'autres acteurs ont plutôt centré leur jeu sur une expressivité limitée, qui souvent fonctionne, mais pour des raisons assez différentes. Essai de typologie.



1) Aux origines.


À l'origine de cette sévérité du visage il s'agit d'exprimer par toute sa personne le pouvoir de juger. L'enfant est très jeune capable de discerner une expression faciale favorable ou défavorable ; il va d'ailleurs se conformer au message ainsi exprimé et se "bien" comporter (en conformité).
L'expression de la sévérité fait aussi bien entendu référence, dans notre inconscient, à la personne qui incarne et exerce l'Autorité : en premier lieu un père ou une mère, un roi, un empereur, un juge, ou mieux, un Dieu (Christ Pantocrator, Christ du Jugement Dernier).

Ces personnes ne sont certes pas là pour rigoler, leur charge est sérieuse ; elles incarnent cette autorité et la renforcent par l'expression hiératique appropriée.

Au cinéma c'est tout "naturellement" que les personnages qui exercent toutes ces fonctions avec sérénité et bon droit (père, juge... ) adoptent ce type d'expression, car elle rejoint directement le domaine de la représentation. 



2) Le détournement


Les "pince-sans-rire" : l'austérité faciale est détournée pour servir de contrepoint au comique de la situation, augmenté par la surprise que cause ce contraste, dont l'exemple le plus emblématique est Buster Keaton. Son humour est d'autant plus efficace que sa face est triste et livide.

On peut aussi, à la rigueur, ranger dans cette catégorie Woody Allen, bien que son expression principale n'affiche pas vraiment le calme, ni la détermination. 

Un exemple de détournement au hasard : je repense aussi à la scène dans The Big Store (un film avec les Marx Brothers), où une vendeuse berce un enfant avec une face de carême pas possible... L'effet est saisissant.




3) Un style de jeu : l'underplaying


L'underplaying, c'est l'art de jouer un rôle avec une économie de moyens et d'expression. Sobriété et dignité. Ce fut une grande mode, qui resurgit par moments.
Ce type de jeu convient parfaitement aux personnages de privés ou de flics un peu indépendants, dans les films noirs notamment.

Contrairement à l'expression de celui qui a le pouvoir et qui l'exerce, l'underplaying se révèle particulièrement efficace dans les situations périlleuses où le personnage se trouve parfois plongé.

Ce calme indéfectible donne l'illusion d'une maîtrise de la situation et confère spontanément une aura au héros. Ces personnages qui encaissent les coups et les surprises avec un calme olympien ou avec le minimum syndical du plissement nasolabial forcent immédiatement le respect.

Seulement pour réussir ce pari, il faut avoir une réelle présence. (et aussi un réalisateur qui ne soit pas un manche, un monteur qui touche sa bille, un très bon éclairagiste...). Citons entre autres :  


Gary Cooper,

Spencer Tracy,


Robert Mitchum,


Humphrey Bogart...


Chez les femmes aussi :

Marlene Dietrich,


Greta Garbo

(notamment dans Ninotchka, où son austérité faciale est très habilement utilisée par Lubitsch).



3 bis) Un underplaying à la française ?


Jean Gabin


Jean Gabin, Jean Yanne, Lino Ventura : ces trois acteurs ont en commun un jeu fondé sur l'impassibilité comme modèle viril. Ils se font respecter des autres personnages par leur sobre détermination. Légèrement différente du flegme, cette virilité apparente et ostentatoire, matérialise l'idée d'une grande force intérieure et d'une maîtrise de soi. La concision expressive  exprime ici le fait que jamais la peur ne se transformera chez eux en panique.


Jean Yanne


N'allons pas croire pour autant qu'ils ne savent que tirer la tronche. Mais même quand ils rient, ces trois acteurs  ne se départissent pas de cette mâle assurance.


Lino Ventura


Le plus souvent, ils jouent leur propre personnage.

Lautner fait une utilisation ingénieuse de ce type d'underplaying. Il sert ainsi un scénario à caractère humoristique (et rejoint quelque part le détournement de l'austérité).



4) Retour aux sources : l'homme sans colère


C'est aussi l'expression faciale caractéristique du tireur professionnel, qui véhicule la double idée de l'exécution d'un jugement et du professionnalisme (du respect du métier, quoi).

Une variante : Le personnage qui n'exprime aucune passion, qui a renoncé à la fois aux plaisirs et à la souffrance, pour ne servir qu'un seul but, celui de sa vengeance, dont l'exemple typologique est Charles Bronson (mais à ce niveau-là ce n'est plus un style de jeu, c'est un manifeste).



5) Le masque


Une catégorie à part : l'absence totale d'expression pour donner l'impression que l'acteur porte un masque figé et glacé. L'effet est en général saisissant, surtout dans les films où cet effet est recherché pour rappeler une parenté avec le théâtre Nô (ou le Kabuki), ou tout simplement pour accentuer le rapprochement entre les êtres de chair et les marionnettes. (Là, je pense à Dolls, le film de Takeshi Kitano, dont deux des protagonistes errent des mois durant, comme des pantins, parallèlement aux deux poupées d'un spectacle de marionnettes).



6) Conclusion


Du point de vue de la mise en scène et du choix que fait (ou non) le réalisateur d'adopter l'underplaying, je constate surtout qu'il y a des types de rôles qui appellent spontanément un jeu austère, mais aussi des réalisateurs qui demandent un jeu sobre pour mettre en valeur leur histoire, leur mise en scène.


Il y a enfin des acteurs qui se sont fait une spécialité de jouer à l'économie (parfois ça marche, parfois non) et auxquels les réalisateurs font appel pour ce talent. Chez certains, qui ont mis une bonne couche d'Inexpressive, le jeu est à la limite de l'insipidité (qui a dit Jean Reno ?).


Dans tous les cas un acteur seul ne peut imposer sa musique à l'orchestre, il lui faut un réalisateur qui sache voir et utiliser ses talents d'underplaying. Car si par son expression dépouillée, le visage de l'acteur nous invite à deviner ses intentions, devenant un peu le miroir de nos propres sentiments, il faut aussi qu'à l'opposé, la mise en scène soit expressive ou du moins très claire dans ses intentions.

 

(Et Chuck Norris dans tout ça ?

Bornons-nous à rappeler que tout chez lui, jusqu'à son impassibilité, est devenu légendaire : "S'il faut 26 marionnettistes pour faire sourire une marionnette officielle de Chuck Norris... Il n'en faut que 2 pour lui faire détruire un orphelinat... ".)

 

 

 

 

 

 

Par NounouOgg - Publié dans : Ravagée par ce microbe
Ecrire un commentaire - Recommander - Voir les 4 commentaires
Samedi 8 septembre 2007


Élu plus grand nanar de tous les temps par nanarland.com , le cas de White Fire / Vivre pour survivre est exceptionnel car il transcende le ridicule et le comique involontaire par sa portée symbolique et sa fin complètement inattendue qui ébranle les esprits moqueurs, incitant à la réflexion.


Peu habituée des nanars (j’ai du en voir trois ou quatre dans ma vie), j’ai été fascinée voire transie lors de la vision de White Fire / Vivre pour survivre : preuve, si besoin en était, que ce bijou s’adresse à tous les publics et même aux néophytes. Peu de nanars accèdent à cette perfection !
Si j'ai l'outrecuidance d’en faire une critique aussi désinvolte, c'est sans doute que la dimension quasi-sacrée que l'on accorde à ce nanar, joyau parmi les nanars, me semble être le signe indubitable de sa dimension mythologique (pas taper).
Qu’on en juge plutôt par les thèmes abordés dans White Fire :
- la relation (quasi) incestueuse qui unit le frère et la soeur dans le film invite immédiatement à la placer sur un plan mythique ;
- la quête (quasi) mystique du diamant appelé "White Fire" ;
- la mort de la sœur et sa (quasi)« résurrection ». Notez au passage que la dimension nanaresque d’un film repose souvent sur les « quasi » : il n'est souvent pas passé loin du chef-d’œuvre, il faut en avoir conscience (non, je déconne).
D’autres éléments rattachent plus prosaïquement ce film au domaine du conte de fée : le statut d’orphelin des deux enfants, la fascination pour les diamants…

 

 

 

WHITE FIRE : le mythe du nanar / nanar aux mythes 


Quelques pistes mineures


Tout commence dans la forêt…
La scène d’ouverture du film, son prologue, ne vous aura pas échappé : une famille est obligée de s’enfuir la nuit ( !) dans la forêt ( !), poursuivie pas des soldats turcs (pour des raisons sans doute budgétaires, l'ensemble du film a été tourné en Turquie). La forêt, cette réalité, est profondément ancrée dans notre culture et notre histoire : la forêt de Bondy et ses brigands, les villes de clairières, les défrichements arrachés à la forêt omniprésente… La fuite, qui plus est dans la forêt, est un thème récurrent dans les contes pour enfants : Blanche-Neige (Perrault ; Grimm) s’enfuit et se cache dans la forêt, Frérot et Soeurette (Grimm) aussi. Les bois sont le refuge habituel de tous ceux qui veulent fuir la société des hommes (Robin des Bois par exemple, ou le chevalier Yvain quand il devient fou, ou Tristan pour les mêmes raisons). Cette fuite dans la forêt a donc des résonances forcément profondes dans notre inconscient


Deux orphelins
Les deux parents sont tués successivement, laissant le frère et sa sœur orphelins, ce qui est aussi une chose courante dans les contes. Soit les enfants sont réellement orphelins, soit ils ont été abandonnés par leurs parents (le plus souvent pour des raisons peu claires), ainsi Hans et Gretel.
C’est la situation de départ imposée pour que les enfants aillent de l’avant et affrontent leur destin.
Or, après la mort des parents, on ne retrouve les orphelins qu’à l’âge adulte (environ 35 ans, c'est-à-dire loin de leur enfance), ce qui frustre un peu le spectateur qui s’attendait sans doute à voir une attendrissante histoire de petits orphelins…
Le couple Ingrid / Mike se pose donc d’entrée de jeu comme un anti-Hans / Gretel.


Ingrid/Olga
À peu près au milieu du film, Ingrid est tuée d’une flèche dans le front. Mike désespéré étreint le corps sans vie de sa sœur, donnant lieu à l’une des scènes les plus poignantes. Peu de temps après, une femme blonde rappelant fortement Ingrid fait son apparition dans la vie de Mike. Elle tombe éperdument amoureuse de lui, au point d’accepter de subir une opération chirurgicale visant à la transformer en Ingrid, ainsi qu’à changer sa manière d’être pour ressembler encore davantage à la sœur disparue. Cette métamorphose complète d’Olga, ainsi que son apparition brutale autant que surprenante dans le cours du film, font planer un certain mystère sur ce personnage.
Cette femme providentielle apparaît précisément au moment où les relations entre Ingrid et Mike basculent dans l'ambigu.
D’ailleurs Ingrid meurt le soir où son frère a éprouvé un désir coupable pour elle. N’est-ce pas l’image d’un refoulement ?
Olga prend pudiquement la place d’Ingrid là où une relation incestueuse risquait de voir le jour. Relation forcément interdite puisque les personnages du film, même s’ils s’apparentent à des divinités (nous verrons plus loin en quoi), sont officiellement des humains.
La morale est sauve, mais sur le plan métaphorique, il n’en demeure pas moins qu’Ingrid et Olga sont une seule personne, qui meurt et renaît dans des circonstances obscures (je n’ai pas encore élucidé le mystère de la clinique des voluptés où Olga subit son opération…) et qui forme bel et bien un couple avec Mike.

 

La mort brutale d'Ingrid

 


« Dommage que tu sois ma soeur... »

Si chez les Indo-européens la relation incestueuse entre un frère et sa sœur a toujours été considérée comme un tabou, l’inceste entre deux divinités frère et sœur a toujours existé dans la mythologie. Le tabou semble levé dés lors qu’il s’agit de dieux. On ne compte plus les couples frère/sœur. Chez les Egyptiens : Chou/Tefnout, Geb/Nout, Osiris/Isis, Seth/Nephtys. Chez les Indiens : Brahma/Shakti, Shiva/Kali... Chez les Grecs : Zeus/Héra, Gaïa/Ouranos, Aphrodite/Héphaïstos/Arès et d’autres petits mythes comme ceux de Leucippos, Macarée qui concernent des hommes et non des divinités, où les relations incestueuses sont interdites… Chez les Scandinaves : Freyr/Freyja, Sòl/Máni… Il y a en particulier deux types de couples qui sont communs à de nombreuses cultures archaïques, le couple Terre/Ciel et le couple Soleil/Lune, la plupart du temps frère et sœur ou mari et femme (à l’origine certainement les deux).

Est-ce la présence obsédante des diamants dans White-Fire ? Toujours est-il que le couple Soleil/Lune me semble le plus intéressant pour éclairer mon propos. Le soleil est masculin dans de nombreuses langues indo-européennes. Il est aussi parfois féminin : en allemand notamment ou dans les langues nordiques. Ce qui fait de la lune un dieu et du soleil une déesse. Ce couple, de même de celui qui unit le ciel et la terre, est complémentaire et interdépendant, soleil et lune ne peuvent agir l’un sans l’autre (enfin, surtout la lune). Songeons au couple nordique formé par Sol (déesse solaire) et Màni (dieu lunaire), frère et sœur, qui ont été jetés dans le ciel et sont poursuivis par le loup Hati (le Haineux), fuyant dans une couse éperdue… ça ne vous rappelle rien ?

 

Mike et sa... tronçonneuse.

 


Examinons les caractères du frère et de la sœur.
Ingrid est blonde (symbole solaire) belle et désirable ; elle aime les diamants (qui brillent) ; elle aime bien allumer les hommes ; elle meurt le soir et renaît le jour (je sais, c’est tiré par les cheveux mais j’assume)… Elle agit toujours dans l’intérêt commun du couple (platonique) qu’elle forme avec son frère (complémentarité, interdépendance).
Mike est brun, protecteur mais il est impuissant. Il a besoin de sa sœur pour faire fonctionner leur « entreprise ». Il ne peut pas partir seul en quête du White Fire. Il désire charnellement sa sœur mais il ne parvient pas à consommer leur union. A ce titre, l’emploi tout à fait gratuit d’une tronçonneuse lors d’un combat homérique dans les docks, me semble être un substitut phallique horrifique mais crédible.


Freyja et son collier (vision contemporaine)



C’est le mythe de Freyr et Freyja de la mythologie scandinave qui offre le rapprochement le plus pertinent.
Freyja est la principale divinité Vane qui préside à l’amour et à la volupté, on lui attache aussi un caractère de lascivité. Nous reconnaissons là les atouts d’Ingrid : sa beauté, cette manière de se baigner nue et de provoquer sexuellement son frère.
Le mythe rapporte en outre que Freyja est entrée en possession d’un collier magique (le collier des Brésigamen), que ses deux enfants s’appellent « bijou » et « trésor » (traduction) et qu’elle est capable de verser des larmes d’or, toutes caractéristiques qui font de Freyja une divinité solaire. Ingrid se contente pour sa part d’être fortement attirée par les diamants, version moderne des bijoux scintillants (symbole évident des rayons solaires).
Dans les Pays du Nord, l’or a souvent une valeur métaphorique qui dépasse de loin les simples caractéristiques du métal. Ainsi il est parfois appelé « Feu d’Ægir » car l’or pur, donc radieux, éclaire traditionnellement le palais de ce dieu. Justement l’or et le feu sont souvent associés, ce qui nous ramène à ce mystérieux « Feu Blanc » qui n’est autre qu’un diamant « pur ». Il est désormais, à mon sens, possible de rapprocher l’or des Scandinaves et le diamant des Turcs.
Freyja est aussi une divinité qui règne sur le monde des morts et de la magie. Le fait qu’Ingrid meure au milieu du film, et précisément la nuit, ne rappelle-t-il pas ce côté obscur de la déesse ?
Freyja et Freyr sont les enfants de Njördr, dieu des mers. Au début du film, les deux enfants se retrouvent orphelins devant la mer, qui restera ponctuellement présente au long du film. Leur mère est Skadi, une déesse nordique également liée au règne des morts. Or la mère comme la fille trouvent la mort au cours du film.
Les deux splendides ralentis du films leur sont d’ailleurs réservés, sans doute pour rapprocher le destin des deux femmes et peut-être pour affirmer leur caractère divin.
Détail réjouissant, dans certaines légendes, Freyja possède une forme de Faucon (d’oiseau) qui lui permet de se métamorphoser. Doit-on voir une allusion à cette faculté lorsque Olga (devenue Ingrid) se met spontanément et inexplicablement à imiter le pingouin au cours d'une scène très touchante, constituée du montage des "grands moments de complicité" entre Mike et Olga ?
Freyr est le frère jumeau de Freyja. Il est assez amusant que les attributs qui lui sont traditionnellement associés soient le bateau et le phallus…



Je crois que le monsieur convoite...



« Le White Fire existe ? Je croyais que c’était un mythe ! »


Le film, très riche dans sa thématique, nous offre, outre une histoire palpitante mettant en scène des trafiquants dans des combats épiques, une quête merveilleuse : celle du White Fire.
Pourquoi en parle-t-on, pourquoi cherchent-ils tous après lui, voilà qui est intéressant. D’après le scénario, il s’agit d’un diamant mythique, tellement « pur » qu’il émet son propre rayonnement, son propre feu destructeur.


On a beaucoup glosé à propos de ce diamant, laissez-moi apporter ma pierre au cou de ce fantasme. Oui, bien sûr il y a une symbolique cachée du White Fire : le diamant est tellement détaché de l’histoire qu’il est forcément symbolique. Symbolique de quoi, là est toute la question…
Observons d’abord le lieu où est dissimulé ce diamant.
Il est caché dans une caverne, évidente métaphore de l’espace utérin, où le frère et la sœur seraient obligés d’entrer pour « renaître ». Le diamant est également dangereux, il brûle ou émet des rayonnements nocifs contre ceux qui l’approchent.
Or, dans la mythologie scandinave, décidément très présente dans ce film, les géants, qui personnifient les forces obscures du monde, convoitent avant tout le soleil, ou Freyja. On voit d’ailleurs dans le film qu’Ingrid est très convoitée. Elle est enlevée une première fois sur le bateau de trafiquants, la seconde tentative d’enlèvement se solde par sa mort accidentelle.
De même, le White Fire est très convoité ; et comme Ingrid, il se défend. D’après la légende, la déesse soleil met à mort ceux qui veulent empiéter sur le sol qu’elle protège depuis des temps immémoriaux. Elle décoche des rayons-flèches qui foudroient ses adversaires. Le White Fire est donc à l’évidence un symbole solaire.


La collusion du soleil avec l’or n’est pas fortuite (si l’on admet l’équivalence or = diamant exposée plus haut). C’est le mythe de l’Aurore qui nous éclaire sur ce point. Aurore, apparentée au nom de l’or, brillante par définition, est une figure indo-européenne de premier plan. Sœur de la nuit (la belle brune castratrice, à la tête des trafiquants ?), amoureuse, enleveuse d’hommes, elle chasse les ténèbres. Mère universelle, elle « élève » le soleil. Elle est souvent accompagnée d’un couple de jumeaux. Ces jumeaux, qui apparaissent dans de nombreux mythes des peuples indo-européens, sont souvent du même sexe ; féminin (chez les slaves par exemple) ou masculin (chez les Grecs notamment). Parfois, c’est plus rare, les jumeaux sont frère et sœur, comme c’est le cas de Freyr et de Freyja. En Inde, en Lituanie et en Grèce, une légende rapporte que les jumeaux ont pour mission de libérer une créature féminine lumineuse, dans laquelle on a reconnu l’Aurore. Irons nous jusqu’à interpréter l’explosion du diamant comme sa libération ? Je suis personnellement assez tentée…


Problème : les héros de White Fire ne sont pas jumeaux : Mike est clairement plus âgé que sa sœur, ce qui nous éloigne en apparence de ce mythe.
Nous touchons là je pense l’une des caractéristique du nanar : le mythe d’origine y est tellement dilué et modernisé qu’il en devient méconnaissable. Ajoutons à cela que le réalisateur du nanar s’obstine à refuser le moindre caractère merveilleux aux thèmes qu’il développe dans le film, ce qui nous promet de bons moments de rigolade.
De nombreuses allusions mythiques restent encore à découvrir… j’ai bien quelques pistes mais je les laisse mûrir.



Par NounouOgg - Publié dans : Nanars sauvages
Ecrire un commentaire - Recommander - Voir les 2 commentaires
Mercredi 5 septembre 2007

(Cette brave grouse n'a rien à voir avec ce qui suit)


" Le nanar est au cinéphile ce que le cassoulet en boîte est au gourmet : comme ça, ça ne semble pas attirant, mais parfois, il est jouissif de s'en baffrer à pleines mains (quoique extrêmement régressif). "

FatFreddy sur EcranLarge.com
 


Dans la classification cinématographique, le nanar diffère en général du simple navet (ennuyeux) ou de la pure grouse* (énervante) par un aspect fondamental : il est fait avec le plus extrême sérieux et la plus grande sincérité.

Il semble très difficile de donner une définition exhaustive de cette catégorie de films. On dit souvent que le nanar est une affaire de goût et que les nanars des uns ne sont pas ceux des autres. Mais finalement, est-elle si subjective, cette définition ?


Quand on réfléchit à ce qui peut bien différencier le nanar de la vilaine grouse, on en vient rapidement à supposer que le nanar par excellence, le « nanar abouti », sait décoller de la simple trame narrative événementielle (dans laquelle la grouse s’englue) pour accéder, malgré d’évidents défauts techniques et artistiques, à (côté d’) une dimension plus profonde. 


Il semble s’adresser au domaine caché de nos esprits pétris de cartésianisme et de cynisme contemporain : notre inconscient archaïque. D’où notre hilarité teintée de sympathie devant tant de ringardise.

En effet, le nanar présente des thèmes universels (ou presque), des schémas mythologiques plongeant le plus souvent dans les racines indo-européennes (cinéma occidental oblige), voire pré indo-européennes, c’est peut-être ce qui confère au nanar son charme naïf inexplicable et fascinant.

Le nanar grand choix ne s’élève pas au niveau cathartique des tragédies de Sophocle, c’est sûr.

Mais, d’une manière vulgarisée, affaiblie, abâtardie, aplatie, il sait aussi atteindre les sphères de notre inconscient collectif (ou au moins le vestibule ?). C’est du moins l’hypothèse de travail que je me propose de développer en prenant pour exemple l’indétrônable nanar de Jean-Marie Pallardy, White Fire, aka Vivre pour Survivre, réalisé en 1985.

 

* Grouse = contraction de "grosse bouse".

Par NounouOgg - Publié dans : Ravagée par ce microbe
Ecrire un commentaire - Recommander - Voir les 1 commentaires
Dimanche 12 août 2007

(Vas-y, tire mon doigt.)


Le grand défi de l'univers

   

1 - méthode empirique


50 – Au commencement était le Chaos.
49
– Imaginez le Chaos.
48
– Je sais, ce n’est pas facile.
47
– Bon, imaginez une chambre d’adolescent… étendue à l’univers… sans limites…
46
– ça fait flipper, hein ?
45
– Le but du jeu c’est de faire jaillir quleque chose du Chaos (et un truc un peu plus classe qu’une chaussette sale vieille de six mois s’il-vous-plaît).
44
– On va commencer par séparer le ciel, la terre et les eaux.
43
– Cela n'est-il pas mieux rangé ainsi ?
42
– Ajoutons quelques luminaires, pour éclairer le bazar…
41
– Superbe !
40
– Et pour se détendre, faisons un peu de bricolage.
39
– Prenons une enclume, par exemple, un peu de métal antédiluvien, et forgeons une épée du destin.
38
– Appelons-la, je ne sais pas moi, Excalibur par exemple.
37
– Voilà, c’est du beau travail !
36
– On va la mettre à refroidir dans le lac, là.

*** Scène coupée au montage :

[Intervention inopinée de la Dame du lac]
– « Nan mais c’est pas bientôt fini de jeter des saletés dans ce lac ? Déjà qu’il y avait tout un tas de machins dégueu ! Et même des anneaux pourris ! Des épées maintenant ? Devient vraiment saumâtre ici !!! Et puis je vais vous dire : maintenant que vous l’avez balancée à la flotte, vous pouvez toujours vous accrocher pour que je vous la rende, tiens ! Pas avant des siècles c’est sûr !»

La voix off : « Vous vous êtes mis à dos la radasse moisie, votre malus est de 120 points ! » ***

35
– Allez, au lit maintenant !
34
– Au fait, ne pas oublier, chaque soir de pointer à l’horodateur.
33
Il y eut un soir, il y eut un matin...
32
– Super classe cette phrase !
31
– Ouais, ça fait genre "Genèse". Ça tape, hein ?
30
Il y eut un soir, il y eut un matin, et ce fut le premier jour.
29
– Vous en doutiez ?
28
– Aujourd’hui on va donner à peu de vie à notre décor.
27
– Créons les animaux.
26NB : les animaux sont les êtres vivants qui vont se répandre dans les eaux, les terres et les airs, qui vont peupler votre univers et même copuler dedans.
25
– Dotons certaines espèces vivantes de dimorphisme sexuel, mais pas toutes, ce ne serait pas drôle.
24NB : Le dimorphisme sexuel chez les animaux, ça veut dire que les mâles sont différents des femelles. Par exemple : le pou est jaloux tandis que la poute a mauvais caractère.
23
– Et puis ça mettrait les sexeurs au chômage.
22NB : Sexeur = activité hyper utile qui consiste par exemple à deviner le sexe des poussins dans les batteries.
21
– Inventons l’ornithorynque, juste comme ça, pour déconner !
20
– C’est vrai quoi, il faut dérider les zygomatiques, c’est bon pour le teint.
19
– Qu’est ce qu’on se marre !!!
18
– Non, c'est vrai, on rigole bien... non ? 
17
– Vous n’avez pas une petite faim ?
16
– On va inventer le haggis !
15
– Génial !!! (Mais au fait… c’est quoi ?)

* La voix off : « à partir de maintenant les NB sont en supplément, vous payez comment ? »*

14
– Ben justement, on n'a pas à le savoir puisqu’on est là pour l’inventer !
13
– C’est à se demander quel est le pire fléau de cet univers en gestation : l’ignorance ou l’indifférence ?
12
– Bof, j’aurais tendance à dire que je n’en sais rien et qu’à vrai dire je m’en fiche.
11
– La liberté c’est beau…
10
– Et puis c’est pas tout ça mais je vais pas tarder à aller me coucher.
9
– Un petit pointage horaire avant, peut-être ?
8
– Et dire que demain je vais créer l’homme et la femme…
7
– On va se fendre la pipe.
6
– Tiens, je note dans la catégorie projet (pour plus tard, donc) :
« accomplir une vilenie par jour, au moins ».
5
– (avec rétroaction)
4
– Bon, à demain !
3
– Pointer.
2
– Tirer.
1
– Bang !
0 – (Big) bang !





2 - Méthode alternative (plus rapide)




Au commencement il n'y avait rien, puis Chuck Norris a mis un roundhouse kick à ce rien en criant : « Trouve toi un travail ».
Ainsi commença l'histoire de l'univers...




Bon, plus sérieusement maintenant, d'autres articles sont en cours d'élaboration (c'est que ça prend du temps ces c*****ies). Pour ceux qui se le demanderaient, ceci est le lien vers le site dont l'image (qui accompagne cet article affligeant) est extraite. Pour ceux qui auraient déjà lu cet article ailleurs, je signale qu'il s'agit de la version non censurée.
Par NounouOgg - Publié dans : Activités de vacances
Ecrire un commentaire - Recommander - Voir les 2 commentaires
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus