Faut-il snober le snob ?


Le snob aime paraître éclectique . Il ne prend pas grand chose au sérieux. D'ailleurs le snob préfère concentrer toute son intelligence sur des conneries plutôt que de mobiliser toute sa connerie sur des choses intelligentes. Sa patience a des limites... mais il ne faut pas exagérer. Il ne connaît aucune blague belge. Il est extrêmement prétentieux.
Bref, le snob est coupable.

Ravagée par ce microbe

Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 10:46

 


Certains acteurs sont renommés pour l'expressivité de leur visage ou pour leur capacité à transmettre (ou tout simplement à faire comprendre) des émotions par leur jeu, rien qu'en modelant leur image. L'exemple qui me vient tout de suite en tête est celui d'Orson Welles.
À l'opposé, d'autres acteurs ont plutôt centré leur jeu sur une expressivité limitée, qui souvent fonctionne, mais pour des raisons assez différentes. Essai de typologie.



1) Aux origines.


À l'origine de cette sévérité du visage il s'agit d'exprimer par toute sa personne le pouvoir de juger. L'enfant est très jeune capable de discerner une expression faciale favorable ou défavorable ; il va d'ailleurs se conformer au message ainsi exprimé et se "bien" comporter (en conformité).
L'expression de la sévérité fait aussi bien entendu référence, dans notre inconscient, à la personne qui incarne et exerce l'Autorité : en premier lieu un père ou une mère, un roi, un empereur, un juge, ou mieux, un Dieu (Christ Pantocrator, Christ du Jugement Dernier).

Ces personnes ne sont certes pas là pour plaisanter, leur charge est sérieuse ; elles incarnent cette autorité et la renforcent par l'expression hiératique appropriée.

Au cinéma c'est tout "naturellement" que les personnages qui exercent toutes ces fonctions avec sérénité et bon droit (père, juge... ) adoptent ce type d'expression, car elle rejoint directement le domaine de la représentation. 



2) Le détournement


Les "pince-sans-rire" utilisent l'austérité faciale au second degré, en contrepoint, pour renforcer le comique d'une situation. Celui-ci est mis en valeur par la surprise que cause ce contraste. Un exemple emblématique : Buster Keaton. Son humour est d'autant plus efficace que sa face est triste et livide.

On peut aussi, à la rigueur, ranger dans cette catégorie Woody Allen, bien que son expression principale n'affiche pas vraiment le calme, ni la détermination. 

Un exemple de détournement au hasard : je repense aussi à la scène dans The Big Store (un film avec les Marx Brothers), où une vendeuse berce un enfant avec une face de carême pas possible... L'effet est saisissant.




3) Un style de jeu : l'underplaying


L'underplaying, c'est l'art de jouer un rôle avec une économie de moyens et d'expression. Sobriété et dignité. Ce fut une grande mode, qui resurgit par moments.
Ce type de jeu convient parfaitement aux personnages de privés ou de flics un peu indépendants, dans les films noirs notamment.

Contrairement à l'expression de celui qui a le pouvoir et qui l'exerce, l'underplaying se révèle particulièrement efficace dans les situations périlleuses où le personnage se trouve parfois plongé.

Ce calme indéfectible donne l'illusion d'une maîtrise de la situation et confère spontanément une aura au héros. Ces personnages qui encaissent les coups et les surprises avec un calme olympien ou avec le minimum syndical du plissement nasolabial forcent immédiatement le respect.

Seulement pour réussir ce pari, il faut avoir une réelle présence. (et aussi un réalisateur qui ne soit pas un manche, un monteur qui touche sa bille, un très bon éclairagiste...). Citons entre autres :  


Gary Cooper,

Spencer Tracy,


Robert Mitchum,


Humphrey Bogart...


Chez les femmes aussi :

Marlene Dietrich,


Greta Garbo

(notamment dans Ninotchka, où son austérité faciale est très habilement utilisée par Lubitsch).



3 bis) Un underplaying à la française ?


Jean Gabin


Jean Gabin, Jean Yanne, Lino Ventura : ces trois acteurs ont en commun un jeu fondé sur l'impassibilité comme modèle viril. Ils se font respecter des autres personnages par leur sobre détermination. Légèrement différente du flegme, cette virilité apparente et ostentatoire, matérialise l'idée d'une grande force intérieure et d'une maîtrise de soi. La concision expressive  exprime ici le fait que jamais la peur ne se transformera chez eux en panique.


Jean Yanne


N'allons pas croire pour autant qu'ils ne savent que tirer la tronche. Mais même quand ils rient, ces trois acteurs  ne se départissent pas de cette mâle assurance.


Lino Ventura


Le plus souvent, ils jouent leur propre personnage.

Lautner fait une utilisation ingénieuse de ce type d'underplaying. Il sert ainsi un scénario à caractère humoristique (et rejoint quelque part le détournement de l'austérité).



4) Retour aux sources : l'homme sans colère


C'est aussi l'expression faciale caractéristique du tireur professionnel, qui véhicule la double idée de l'exécution d'un jugement et du professionnalisme (du respect du métier, quoi).

Une variante : Le personnage qui n'exprime aucune passion, qui a renoncé à la fois aux plaisirs et à la souffrance, pour ne servir qu'un seul but, celui de sa vengeance, dont l'exemple typologique est Charles Bronson (mais à ce niveau-là ce n'est plus un style de jeu, c'est un manifeste).



5) Le masque


Une catégorie à part : l'absence totale d'expression pour donner l'impression que l'acteur porte un masque figé et glacé. L'effet est en général saisissant, surtout dans les films où cet effet est recherché pour rappeler une parenté avec le théâtre Nô (ou le Kabuki), ou tout simplement pour accentuer le rapprochement entre les êtres de chair et les marionnettes. (Là, je pense à Dolls, le film de Takeshi Kitano, dont deux des protagonistes errent des mois durant, comme des pantins, parallèlement aux deux poupées d'un spectacle de marionnettes).



6) Conclusion


Du point de vue de la mise en scène et du choix que fait (ou non) le réalisateur d'adopter l'underplaying, je constate surtout qu'il y a des types de rôles qui appellent spontanément un jeu austère, mais aussi des réalisateurs qui demandent un jeu sobre pour mettre en valeur leur histoire, leur mise en scène.


Il y a enfin des acteurs qui se sont fait une spécialité de jouer à l'économie (parfois ça marche, parfois non) et auxquels les réalisateurs font appel pour ce talent. Chez certains, qui ont mis une bonne couche d'Inexpressive, le jeu est à la limite de l'insipidité (qui a dit Jean Reno ?).


Dans tous les cas un acteur seul ne peut imposer sa musique à l'orchestre, il lui faut un réalisateur qui sache voir et utiliser ses talents d'underplaying. Car si par son expression dépouillée, le visage de l'acteur nous invite à deviner ses intentions, devenant un peu le miroir de nos propres sentiments, il faut aussi qu'à l'opposé, la mise en scène soit expressive ou du moins très claire dans ses intentions.

 

(Et Chuck Norris dans tout ça ?

Bornons-nous à rappeler que tout chez lui, jusqu'à son impassibilité, est devenu légendaire : "S'il faut 26 marionnettistes pour faire sourire une marionnette officielle de Chuck Norris... Il n'en faut que 2 pour lui faire détruire un orphelinat... ".)

 

 

 

 

 

 

Par NounouOgg - Publié dans : Ravagée par ce microbe
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Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 11:29

(Cette brave grouse n'a rien à voir avec ce qui suit)


" Le nanar est au cinéphile ce que le cassoulet en boîte est au gourmet : comme ça, ça ne semble pas attirant, mais parfois, il est jouissif de s'en baffrer à pleines mains (quoique extrêmement régressif). "

FatFreddy sur EcranLarge.com
 


Dans la classification cinématographique, le nanar diffère en général du simple navet (ennuyeux) ou de la pure grouse* (énervante) par un aspect fondamental : il est fait avec le plus extrême sérieux et la plus grande sincérité.

Il semble très difficile de donner une définition exhaustive de cette catégorie de films. On dit souvent que le nanar est une affaire de goût et que les nanars des uns ne sont pas ceux des autres. Mais finalement, est-elle si subjective, cette définition ?


Quand on réfléchit à ce qui peut bien différencier le nanar de la vilaine grouse, on en vient rapidement à supposer que le nanar par excellence, le « nanar abouti », sait décoller de la simple trame narrative événementielle (dans laquelle la grouse s’englue) pour accéder, malgré d’évidents défauts techniques et artistiques, à (côté d’) une dimension plus profonde. 


Il semble s’adresser au domaine caché de nos esprits pétris de cartésianisme et de cynisme contemporain : notre inconscient archaïque. D’où notre hilarité teintée de sympathie devant tant de ringardise.

En effet, le nanar présente des thèmes universels (ou presque), des schémas mythologiques plongeant le plus souvent dans les racines indo-européennes (cinéma occidental oblige), voire pré indo-européennes, c’est peut-être ce qui confère au nanar son charme naïf inexplicable et fascinant.

Le nanar grand choix ne s’élève pas au niveau cathartique des tragédies de Sophocle, c’est sûr.

Mais, d’une manière vulgarisée, affaiblie, abâtardie, aplatie, il sait aussi atteindre les sphères de notre inconscient collectif (ou au moins le vestibule ?). C’est du moins l’hypothèse de travail que je me propose de développer en prenant pour exemple l’indétrônable nanar de Jean-Marie Pallardy, White Fire, aka Vivre pour Survivre, réalisé en 1985.

 

* Grouse = contraction de "grosse bouse".

Par NounouOgg - Publié dans : Ravagée par ce microbe - Communauté : Aliens, zombies et dinosaures
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Mardi 15 août 2006 2 15 /08 /Août /2006 15:57

 

 

Documents de choix pour une étude, les dessins illustrant le Petit Prince d'Antoine de Saint Exupéry sont de l'auteur lui-même !
Il ne s'agit pas bien sûr ici de juger de la qualité graphique ou artistique de ces dessins aquarellés que j'aime beaucoup par ailleurs, mais d'en analyser la syntaxe, élément par élément, afin d'en comprendre la symbolique.

 


Examinons les éléments du visage :

 


- les cheveux : ils sont blonds, faisant des épis, dressés sur la tête en couronne, en bataille.
La couleur blonde évoque bien entendu les enfants sages, la noblesse, la pureté. Mais aussi l'or d'une couronne naturelle, inhérente. Les épis en bataille évoquent quant à eux une certaine sauvagerie, une liberté inaliénable, la solitude aussi. Cette apparence engageante va donner au discours du petit prince plus de poids et de solennité.

 

- les yeux : deux petits trous ronds et blancs cerclés de noir, sans iris ni pupille. Deux petits zéros tout vides qui absorbent ce qui les entoure, comme deux petits vortex. Deux yeux aveugles, car d'aucuns supposent que le petit prince a développé la cardio-vision.

 

- les sourcils : de temps en temps des sourcils froncés, en chevron au dessus des yeux donnent une expression courroucée au petit prince, la seule expression faciale qu'il adopte en dehors de l'étonnement stoïque perpétuel qui le caractérise. Ce n'est pas qu'il a mauvais caractère, au contraire : il prend courageusement position. 

 

- le nez : un trait vertical assez haut perché sur le visage, dépourvu de narines. Le petit prince ne sent pas, il regarde avec le coeur.

 

- pas d'oreilles : écouter n'est pas son fort. D'ailleurs qu'aurait-il à apprendre des grandes personnes ? Il sait déjà tout ce qu'il doit savoir.

 

- la bouche : toujours entrouverte, formée de deux très courts traits horizontaux parallèles, un peu comme le signe =, mais en moins raide. S'il n'écoute pas il parle, et même beaucoup !

 

Un style très dépouillé, très peu de détails, quelques traits brossent une figure emblématique, un visage dont le modèle de départ fut sans conteste la tête à Toto...

 

 

 

Par NounouOgg - Publié dans : Ravagée par ce microbe
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Colorama

 
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