Faut-il snober le snob ?


Le snob aime paraître éclectique . Il ne prend pas grand chose au sérieux. D'ailleurs le snob préfère concentrer toute son intelligence sur des conneries plutôt que de mobiliser toute sa connerie sur des choses intelligentes. Sa patience a des limites... mais il ne faut pas exagérer. Il ne connaît aucune blague belge. Il est extrêmement prétentieux.
Bref, le snob est coupable.

Snobisme-parties

Lundi 5 mai 2008

Dans la mythologie grecque, Momos, devenu Momus en latin, est la personnification du sarcasme et de la raillerie. C’est sous son haut patronage que sera entamée une nouvelle série d’articles, consacrés au démontage en règle des fables et des mythes.



La première cible de Momus sera le pélican.


Le pélicon : quand il n’y a plus de poisson, il boulotte un pigeon.



En effet, tout chez lui exaspère : son amour immodéré pour sa géniture, poussé jusqu’au sacrifice de ses entrailles (mon fils, ma bataille), et surtout cette image cannibale qui poursuit notre inconscient et qui sert de levier culpabilisateur dans le chantage affectif des mères de toutes les générations (Quoi ? Moi qui me suis saignée aux quatre veines pour toi ? Tu me rejettes maintenant ? Ingrat !!!).

 

Il méritait donc bien d’ouvrir le bal !






Le pélican, ce héros sacrificiel … (rappel de la fable)




Les anciens croyaient que le pélican s'ouvrait la poitrine pour nourrir ses petits. En réalité, le pélican nourrit ses petits en dégorgeant les poissons emmagasinés dans sa poche membraneuse. Pour la vider, il presse son bec contre sa poitrine qu’il semble frapper, d’où l'impression qu’il se perce le flanc pour nourrir ses enfants ; d'où la légende.


Illustrations tirées de : Physiologus, édition de Rome, 1577 ; Barthélemy l'Anglais, De proprietatibus rerum (traduction Jean Corbichon), pélican se perçant le flanc pour nourrir ses petits, f. 23v. France, Le Mans, XVe siècle.

Tu aimes ta maman ? Reprends-en encore un peu…


Les moralistes du Moyen Âge ont fait de ce père exemplaire le symbole du Christ, mort pour la rédemption de l’humanité pécheresse.

Certains poètes romantiques se sont crus malins en récupérant le pélican, devenu par eux l’image du poète incompris…




Lorsque1 le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.


Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.


Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.


Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.


Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;


Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.


« - Mangez, mes bons enfants, repaissez-vous de moi,
Chaque jour j'ai cherché, exploré chaque endroit,  
Je n'ai rien attrapé, si ce n'est une grippe... »


Au banquet d’agonie s'avancent les oisons.
Mais les petits ingrats, qui voulaient du poisson,
Lui crachent d'un air las : « - Ah non, encore des tripes ! »



1 - Vous aurez bien sûr reconnu dans les six premières strophes les vers d’Alfred de Musset, tirés de « La Nuit de Mai ».

Par NounouOgg
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Dimanche 30 mars 2008


Pfiouuu... en manque d'inspiration, moi.



Comment s’amuser pendant un examen important quand tout semble perdu ?



Le sujet est tombé et comme prévu, nous* n’avons pas spécialement de trucs très « bateau » à servir à son propos.
Il va falloir improviser quelque chose qui tienne la route, pas facile quand on a l’esprit vagabond. L’arme principale dans cette entreprise désespérée : l’assurance inconditionnelle que nous avons en notre potentiel d’assurance dans les moments critiques.


Pas question de partir avant la fin, ne serait-ce que pour honorer les sandwiches et le thé que nous avons emportés pour résister en cas de siège de la salle d’examen.




Ce sujet, regardons-le mieux… 


« (…) il n'y a poésie qu'autant qu'il y a méditation sur le langage, et à chaque pas réinvention de ce langage. Ce qui implique de briser les cadres fixes du langage, les règles de la grammaire, les lois du discours. C'est bien ce qui a mené les poètes si loin dans le chemin de la liberté, et c'est cette liberté qui me fait avancer dans la voie de la rigueur, cette liberté véritable. » (Louis Aragon « Arma virumque cano » [« Je chante les armes et les hommes »], préface du recueil les Yeux d'Elsa, 1942 ; éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Œuvres poétiques complètes, I, 2007, p.747).

Vous analyserez et commenterez en vous appuyant sur des exemples précis.




Pour être traité décemment, le sujet requiert des connaissances :
        a) que nous n’avons pas, même en rêve (tant pis, inutile d’en parler)
        b) que nous avons (tant mieux, inutile d’en parler)
        c) que nous savons devoir placer quelque part mais, notre mémoire nous faisant défaut, nous n’avons pas le bagage suffisant pour les traiter sérieusement (voir ce qui suit).


Deux solutions s’offrent à nous : se faire suer et flipper durant six heures, ou profiter de ce temps pour tenter une expérience d’écriture tout en s’amusant… à votre avis quelle piste choisissons-nous ? Bien sûr, vous l’avez deviné, nous choisissons sans mollir le suicide stylistique.






 

Arghhh... l’appel de « Qu’as-tu lu » !




Noyer le poisson



En ce qui concerne ce dont nous sommes sûrs de devoir parler, opérons ce qu’on appelle une ‘glissade’. Par exemple, ne parlons pas en détail de l’œuvre de Stéphane Mallarmé (impossible), contentons-nous d’être évasifs : « (…) c’est le cas dans la conception mallarméenne du sujet lyrique ». L’auteur est, au passage, re-catégorisé en adjectif, pour suggérer qu’on parle d’un mouvement en connaissance de cause mais qu’on n’a pas le temps de le faire bien.
Si un fragment de citation, une expression, nous reviennent en tête nous les citons tels quels, sans expliquer : « (…) ou le « choc-poésie » selon Reverdy. ».


Le ‘grand écart’ (chronologique) présente l’avantage de la surprise. Mais est-ce bien raisonnable à notre âge ? Prenons l’exemple du croisement sauvage entre un lettré de l’époque romane et un poète contemporain, exemple qui tente de masquer que ces deux références nous sont venues comme ça, pouf, et qui caresse l’espoir de prouver que nous ne sommes pas bloqués sur une époque précise (un écueil fatal dans une dissertation de littérature générale) :
« on a le sentiment que les pionniers, les défricheurs de la liberté poétique ont accompli leur œuvre, que leurs successeurs sont ce que Robert de Chartres, un chanoine du XIIème siècle, appelait, en parlant des intellectuels du Moyen Âge par rapport aux figures de l’antiquité, « des nains sur les épaules des géants », ou plus proche de nous « des pigeons sur la tête des statues » pour paraphraser un poème de Jean Michel Maulpoix. » L’analogie est bien évidemment purement formelle…



Nous pouvons également pratiquer le raccourci saisissant ou le résumé ‘de la mort’ (attention ça décoiffe) : « Difficile de penser qu’un chemin relie directement Villon à Aragon. »


Le double salto arrière avec trépanation est désormais à notre portée : « La révolution romantique (…) s’empare de la liberté d’exprimer spontanément ses intuitions, dans le jaillissement de l’écriture sous la plume : Lamartine médite, Victor Hugo contemple. ».




Se noyer tout court



Mais nous ne sommes pas au bout de nos expériences et nous ne quitterons pas la salle avant d’avoir pu placer :
- Une dérivation de derrière les fagots : « Puisqu’il s’agit de briser les règles du langage et de suivre un chemin de liberté tracé par des prédécesseurs, que le poète suive leurs brisées en brisant lui-même les règles ».
- Une métaphore respiratoire, avec double mouvement : « l’aspiration à cet idéal du langage lyrique expire dans la seconde moitié du XXème siècle
- Une antanaclase minable : « se faire une règle de les abattre toutes »
- Un hypozeuxe tout naze : « avec la liberté la rigueur, avec la méditation l’ascèse. »
- Une métaphore mollement filée (pardon Arthur) : « (…) déjà en germe chez Rimbaud qui, outre ses rimes, aime semer des images étranges (…) ».

 

Et puis sauve-qui-peut ! Dans la foulée, ne nous épargnons rien, pas même l’adresse directe au correcteur (après tout, s’il y a vraiment quelqu’un qui nous lit…) : « Le langage poétique, en marge de la langue, est perpétuellement menacé d’obsolescence : les images éblouissantes d’hier font les clichés d’aujourd’hui. Le poète doit constamment réinventer son langage pour toujours toucher les cœurs (oui, ceci est un cliché). ». Aïe.



Quelqu’un nous disait l’autre jour qu’on se sentait curieusement intelligent après avoir transpiré sur une composition. C’est vrai… nous avouons. Mais l’effet n’est pas durable hélas, on se sent nettement plus con après. Allons, débarrassons-nous vite de cet article…




* Oui, nous employons le nous de majesté car nous n’oublions pas que nous sommes snobs (et paf !).

 

 

 

Par NounouOgg
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Samedi 16 février 2008

Le Jardinier, par Arcimboldo (v.1590), Musée Civico- Crémone.


Chacun doit être l'aide-jardinier 
de sa propre âme (J.K.Huysmans).




Le grand Villon, dans son épitaphe burlesque, se dépeint sous les traits d’un navet tondu, prêt pour la marmite :
« (…) Il fut rez, chief, barbe et sourcil,
Comme ung navet qu'on ret ou pelle.
Repos eternel donne à cil. (…)»,
Villon, Epitaphe.




Cela nous autorise-t-il pour autant à proposer une parodie légumière de ses vers sublimes ? 

Je le dis tout net : oui. 

 Las, que sont mes radis devenus ? Mais où sont les blettes d'antan ?




Après tout, Virgile lui-même ne dédaignait pas les légumes des jardins. N’a-t-il pas écrit ces lignes poignantes : 
« Je peindrais la chicorée joyeuse d’être arrosée, le persil ornant les rives de sa verdure, et le tortueux concombre se traînant sur l’herbe où son ventre grossit. », (Géorgiques, livre IV) ? 



  

Voilà, tout est de la faute de Virgile, faisons donc tranquillement notre marché.





 

Ballade des laitues  

 

Frères lupins, qui après nous vivez,
N'ayez les crosnes contre nous endurcis…

 


Store Wars
Darth Potator ?

 

Ballade des légumes du temps jadis 

 

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Moha la belle Roumaine,
Vesce velue, de Hongrie,
Qui fut sa cousine germaine,
Oignon blanc que sans bruit on sème
Dessus rizière ou sur les champs,
Et la fine betterave plurigerme ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
 


  

Où est le très sage pissenlit,
Et chou fourrager et sainfoin
Fetuque ovine et Phacélie ?
Sorgho, dactyle et paturin.
Semblablement, où est le Brome
Ou sont scorsonère, navet blanc
Mélilot, Allium fistulossum ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
 




La crosne blanche comme radis
Qui chantait à la chélidoine,
Berce au pied d’ours la spondyle,
La Balsamite et  l’aigremoine,
Et mâche, la reine de Loire
Qu'Anglais mangèrent goulûment ;
Où sont-ils, Vertumne, ce soir ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?


Prince, n'enquerrez de semaine
Où ils sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont légumes d'antan ?




Salad - hommage à Arcimboldo et H.R. Giger, par Till Nowak (2006)
Dans l'espace, personne ne vous entendra 
dire que vous n'aimez pas les épinards.
   



Et pourquoi ne pourrirait-on pas aussi les vers de Du Bellay, hein ?
Imaginez un peu…



 

Quand reverrai-je, hélas, dans mon petit potage
Fumer la chicorée, et le doux haricot
Reverrai-je le chou, et mon suave artichaut,
Qui m'est un supplice, et beaucoup davantage ?

Par NounouOgg
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Dimanche 7 janvier 2007

Cochon vitruvien

 


« Puissions-nous être une espèce de Cochons célestes, et devenir libres de nous nourrir de châtaignes et de glands spirituels, ce qui reviendrait à devenir simplement un écureuil et à se nourrir de noisettes.

Car qu'est-ce qu'un écureuil sinon un cochon aérien, ou une noisette sinon une sorte de gland archangélique.»,

 

John Keats (Lettre à J.H. Reynolds, le 3 février 1818).

 

 

 

 


Dans cette citation du londonien protoromantique, le rapprochement qui est fait entre cochon et écureuil, ne laisse pas de me troubler. Car si historiquement parallèle il y a, c'est sur le mode négatif que nous le trouvons.


L'écureuil, ce petit déluré, ami sautillant des flâneurs et des curistes, n'a pas toujours été considéré avec bienveillance par les auteurs moralistes. Au Moyen Age, ce "singe de la forêt" passe pour paresseux, lubrique, stupide et avaricieux. Le temps de l'écureuil est dépensé en faisant la sieste, ou à jouer et à batifoler dans les arbres. Plus grave, il emmagasine plus de nourriture que nécessaire, et ne se souvient plus des cachettes qu'il a utilisées : signe de sottise. Son pelage roux n'a pas non plus le bonheur de plaire aux clercs venimeux...


Quant au cochon, c'est assurément lui qui pâtit de la réputation la plus détestable. Nous savons tous à quel point ses moeurs « coupables » cristallisent l'animosité de toute une civilisation.

En 2007, c'est l'année du cochon qui, en Asie, est un symbole d'abondance et de prospérité. Profitons-en pour faire le point sur cet animal qui a su recevoir les honneurs ésotériques du poète.

 

Les cochons sont sympas 

Caractère de cochon


Le cochon est attesté dans la péninsule anatolienne il y a environ 9000 ans. Casanier par nature : il ne peut ni transhumer, ni se déplacer avec des groupes humains, c'est ce qui explique qu'il fut domestiqué bien après les bovins et les ovins. Il fallut en effet attendre que l'homme devienne sédentaire et agriculteur, se fixe en un lieu, pour voir apparaître les premiers élevages de porcins. Mais après cela, le cochon reste étroitement associé au quotidien de l'homme pour des siècles, du moins jusqu'à ce qu'il soit détrôné par le mouton et le boeuf.

La viande de porc, facile à conserver et susceptible d'être accommodée de manière variée, peut être considérée comme l'aliment carné privilégié dans l'espace occidental.

Dans l'antiquité romaine, le suovetaurile (comprenant un porc, un mouton et un taureau) est le seul sacrifice qui permette la purification.

Le Haut Moyen Age se présente quant à lui comme l'âge du porc, qui domine largement dans les élevages (presque les trois-quarts du bétail). Paradoxalement, c'est aussi durant cette période que le mépris pour le cochon se fait paroxystique. Si les valeurs économique et symbolique du cochon ne sont pas vraiment à l'unisson, n'est-ce pas précisément en raison de cette trop grande proximité entre l'homme et l'animal ?

 

To pig or not to pig...

Moi et toi, cochon...


« Les chiens vous regardent avec vénération. Les chats vous toisent avec dédain. Il n'y a que les cochons qui vous considèrent comme leurs égaux. » (Winston Churchill)



Depuis l'antiquité, et durant tout le Moyen Age, c'est le cochon, et non le singe, qui est l'animal le plus proche de l'homme.

Pour la médecine, cette "parenté" ne fait aucun pli. Dans les facultés, le porc, dont l'organisation interne est fort semblable à celle de l'homme, est tout indiqué pour étudier l'anatomie quand les dissections du corps humain sont interdites.

Voilà pour la morphologie.

Qu'en est-il du comportement de cet animal qu'on cite volontiers pour condamner les dérèglements les plus remarquables des hommes ? Sans parler de son « impureté » vétérotestamentaire, on lui reproche habituellement son manque de raffinement (« il ne convient pas de jeter des perles aux pourceaux », ni de la confiture  ou tout autre met de choix), sa malpropreté et son goût pour la fange (« la truie lavée retourne à son  bourbier », métaphore poisseuse du péché), ou son alimentation un peu « spéciale », qui en a dégoûté plus d'un.

Pour des raisons d'hygiène, les porcs qui se nourrissaient à proximité des barbiers étaient déclarés impropres à la consommation. En effet, ces artisans soignaient des malades, effectuaient des saignées ou des amputations : l'horreur de l'anthropophagie, par cochon interposé, s'alliait ici au souci de salubrité.

Dans un autre registre, une chanson de Claudin de Sermisy (c. 1490-1562), célèbre en son temps, fustige la coprophagie du porcin :

Je ne mange point de porc.

Le porc a condition telle que je vous vois dire,

Car s'il a mangé cent étrons, il ne s'en fera que rire.

Il les tourne, il les vire, il leur rit et puis les mord.

Je ne mange point de porc.

Le porc s'en allait jouant tout au long d'une rivière.

Il vit un étron flottant.

Il lui prit à faire chère,

Disant en cette manière: "Étron flottant en rivière, rends-toi ou tu es mort".

Je ne mange point de porc.

 

Pour illustrer la déchéance morale d'un homme, quoi de plus naturel que de convoquer le cochon ? Parmi les pécheurs à qui s'applique la figure humiliante du porc, le fils prodigue de la parabole qui, par sa vie déréglée, en est réduit à garder les cochons et à leur disputer leur nourriture.

Les « vertus » spécifiques de la bête n'empêchent nullement les moines, les chanoines ou les évêques de posséder des cochons. Car goinfre, ignorant et débauché, c'est surtout l'homme qui est blâmé par ce parallèle ; le cochon ne faisant qu'incarner ces comportements mauvais.



« Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. » (Lautréamont, Les Chants de Maldoror - Chant IV)

 


Poignée de porte en bronze de l'abbaye de Quedlinburg, représentant le cochon de saint Antoine



Les cochons dans la ville


On ne se contente pas de condamner moralement les moeurs du cochon... comme en témoignent les procès dressés à l'encontre d'animaux, fréquents au Moyen Age et sous l'ancien régime.


Dans neuf cas sur dix, l'animal est un porc. Car les porcs abondent dans les villes. Chargés implicitement du rôle d'éboueurs, ils divaguent, gênent, causent des accidents, on les trouve partout. Ils s'aventurent parfois jusque dans les cimetières où ils cherchent à déterrer des cadavres.


Ce n'est pas faute d'avoir essayé de les interdire en ville. Depuis le 12ème jusqu'au 18ème siècle, les autorités municipales des principales villes européennes l'ont vainement tenté.


Rappelons pour mémoire l'ordonnance royale de Louis VI le Gros en 1131. Lorsque le prince Philippe, qui se déplaçait à cheval dans le quartier de Saint-Antoine à Paris, fut chargé par un porc gyrovague qui récurait les caniveaux, le roi fit interdire la divagation des porcins dans la capitale. Il ne put cependant interdire la libre circulation des cochons de l'abbaye de Saint-Antoine.


Ces procès se déroulent dans les règles, exactement comme pour un homme.


Le cochon est mis aux arrêts, écroué dans la prison appartenant au siège de la justice criminelle du lieu, où un procès-verbal est dressé. Celui-ci conduit à une enquête et met l'animal en accusation : pillage d'un jardin, destruction d'une boutique, vol de nourriture, refus de travailler (surtout pour les bêtes de somme), agressions, rébellions, plus rare mais toujours très fâcheux, homicide ou infanticide.


Au tribunal, le juge entend les témoins et recoupe les informations, puis rend la sentence, qui est signifiée à l'animal dans sa prison.

La peine est ensuite exécutée en place publique.


Si les clercs s'interrogent sur le sens moral du cochon : est-il seulement capable de savoir ce qu'est le bien et ce qu'est le mal ? L'opinion est cependant convaincue qu'il est responsable de ses actes, et cela pour des siècles. Comme si tout en prétendant faire de l'homme un cochon, on voulait faire du cochon un homme.


 


Pigs on the wing



Cochon zélé / cochon zeppelin


Tous les cochons ne sont pas mauvais, cependant. Certains même ont "réussi". Ainsi, Antoine le Grand, fondateur de la vie cénobitique, domestiqua un sanglier diabolique qui est par la suite devenu son plus fidèle compagnon, représenté partout avec lui. Gustave Flaubert, prête au cochon de saint Antoine ce cri déchirant : « que n'ai-je des ailes comme le cochon de Clazomène !».

Celui des Pink Floyd n'a pas hésité, lui, à prendre son envol (Vidéo).

En décembre 1976, la séance de photographies organisée pour la pochette d'Animals ne s'est pas déroulée exactement comme prévu. Un cochon gonflable conçu par la compagnie Zeppelin devait être attaché aux cheminées d'une usine londonienne. Si le premier jour, le cochon qui manquait probablement d'hélium, refusa de s'élever au firmament, « le lendemain, le temps était parfait, presque pas de nuage dans le ciel et le cochon flottait du tonnerre. En fait il flotta même trop bien, car il rompit ses liens et s'envola à 10.000 pieds avant de se dégonfler et de redescendre sur terre, tout en donnant des sueurs froides à quelques pilotes d'avions qui croisaient dans le coin

 

« Reviens cochon !!!
Reviens !!! ...

Tout est pardonné !...

Reviens mon garçon ...»

(Roger Waters, en total live)

 

 

 

 

 

 

 

 

Par NounouOgg
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Mardi 15 août 2006

 

 

Star sheep

 

"Si on devait imaginer la rencontre fortuite du petit prince, sorti de son désert, et de Zazie, sortie de son métro, le dialogue serait bref."

Jean-Louis Bory

 

"Plus périlleux, le double zeugma : Après avoir sauté sa belle-soeur et le repas du midi, le Petit Prince reprit enfin ses esprits et une banane. (Saint Exupéry, Ça creuse.)"

Pierre Desproges, Dictionnaire superflu (...), article "Zeugma"

 

 

Héros récurrent de notre enfance, faisant un retour tonitruant dans les médias, le Petit Prince de Saint Exupéry se décline aujourd'hui en opérette pop, en jeux vidéo ludo-éducatifs, en parfum, en puzzles, en pâte à sel, et que sais-je encore...

Question existentielle s'il en est : peut-on encore aimer un texte au-delà de son contexte ? Le snob ordinaire vous répondra de manière catégorique : non. Le snob pernicieux tiendra sans doute le raisonnement suivant : si tout le monde aime une certaine idée que l'on se fait du Petit Prince - la plus fade et la plus niaiseuse possible - on se doit d'aller apprécier, à contre-courant, des aspects méconnus voire inattendus de l'oeuvre. (Je vous laisse juge de la perversion de ce point de vue...)

Il me déplairait de m'acharner sur une oeuvre moyenne qui fait peu de bruit, mais il ne s'agit pas de n'importe quelle oeuvre : le Petit Prince est devenu une institution. La snobiste que je suis se fait donc un devoir de le dénigrer.

 

 

Une certaine idée de l'enfance

 

 

Le Petit Prince prétend s'adresser aux enfants, auprès desquels l'auteur s'excuse au début de l'ouvrage pour l'avoir dédié à son ami Léon Werth, une grande personne. Comme pour se dédouaner, il finit par préciser qu'il s'agit de Léon Werth quand il était petit garçon. Voilà d'emblée sous quels auspices est placé l'ouvrage : il est destiné à l'enfant qui demeure en chacun de nous.

Pour bien montrer qu'il s'adresse à l'enfance idéale, le style et le registre adoptés par l'auteur sont "appropriés", assortis au public visé. Les tournures sont d'une naïveté appuyée : " Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c'est fatiguant pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications..." et flattent les aspirations à la médiocrité des enfants (expliquer quelque chose de complexe est certes un exercice difficile : mais ne pas expliquer c'est surtout refuser de communiquer, ou pire, considérer que son interlocuteur n'en vaut pas la peine.)

La syntaxe est artificiellement enfantine, faite de toutes petites phrases dont les sujets sont des pronoms démonstratifs : "Ce n'est pas une chose. Ça vole. C'est un avion. C'est mon avion." .

De répétitions inconsistantes :

"- Que fais-tu de ces étoiles ? - Ce que j'en fais ? - Oui.
 - Rien. Je les possède. - Tu possèdes les étoiles ? - Oui."

 
Insistantes : "Et il rit encore." (répété 4 fois) ; "Je ne te quitterai pas." (x3) ; "Moi je me taisais." (x4).

 
Le point de vue narratif est construit en opposition : les grands d'un côté, l'enfant de l'autre.

Les "grandes personnes" ou "les hommes" qui font constamment contrepoint à l'innocence personnifiée apparaissent toujours sous un jour défavorable, excepté l'aviateur qui est par ailleurs une de leurs victimes. "J'avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l'âge de six ans". Elles sont toujours très "premier degré", regardent bêtement les choses avec leurs yeux, ont toujours besoin d'explications (quid d'Aristote, de Descartes, de Galilée ?), ne s'intéressent qu'à la géographie, à l'histoire, au calcul et à la grammaire. Elles sont toujours sérieuses, raisonnables, et découragent les vocations artistiques des enfants.

 

C'est beau, c'est mystique... la communion des corps !

 

Une philosophie poussive

 

Que nous enseigne le petit prince des sables ?

Qu'il faut vachement bien savoir dessiner les moutons sinon il ne vous lâchera pas la grappe...

bon.


Qu'il faut "trouver ce qu'on cherche" au lieu de cultiver mille roses, de s'enfourner dans les rapides, de s'agiter, de tourner en rond.


Que les adultes sont tous des ratés qui exercent des métiers à la con. En effet, avant d'arriver sur Terre, le petit prince visite plusieurs astéroïdes où il rencontre des personnages (caricaturaux) censés être représentatifs des activités des grandes personnes : certains sont amusants, comme l'ivrogne (bien sympathique) qui justifie son penchant par un raisonnement circulaire des plus tragiques, ou l'allumeur de réverbère dont le métier, qui consiste à allumer et éteindre l'éclairage public autant de fois que le soleil se lève et se couche, est présenté comme extrêmement poétique. D'autres sont carrément antipathiques, comme le businessman qui aime l'argent et les chiffres ou le géographe qui aime les preuves et les chiffres. Ils ont de toutes façon en commun d'être des adultes très nuls qui ne comprennent rien au monde de l'enfance, ne pensent qu'à leur propre personne. À l'opposé, le petit prince va vers les autres, cherche à se faire des amis.

En ce sens, le Petit Prince apparaît comme un petit apologue gentillet, et on peut à ce titre le rapprocher de l'ouvrage de P.L. Travers (qui aimait beaucoup le Petit Prince), Mary Poppins dont le texte possède néanmoins une légèreté fantasque absente de celui de Saint-Exupéry, qui vire un peu trop souvent à la leçon de choses.


Et ce texte nous enseigne surtout (surtout !) que "l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le coeur". Voilà, la grande phrase est lâchée, jetée en pâture au lecteur nostalgique, avide de maximes au lyrisme suranné.

Cependant la tartine de saindoux en titane revient sans conteste à cette autre phrase du grand penseur canidé : "Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis."

 
Lecteur, as-tu du coeur ? (attendez, à l'attention de ceux qui voudraient se retourner les tripes, je fais circuler des sacs à vomi dans la salle ).

 
Encore que le plus curieux demeure la relation à caractère masochiste que le petit prince entretient avec sa rose qui veut constamment le tenir sous sa dépendance morale : "Alors elle avait forcé sa toux pour lui infliger quand même des remords".

En effet, cet enfant qui s'enfuit de sa planète pour n'avoir plus à supporter sa pétasse de rose qui lui pourrit la vie ("Cette fleur est bien compliquée"), échoue, après bien des pérégrinations, sur la Terre où il apprend le fameux secret du renard qui voulait être apprivoisé. Il se rend alors compte que l'important c'est la rose (chanson connue et fort à propos ici) et qu'il aime les rapports ambigus qu'il entretient avec sa fleur : "Elle serait bien vexée, se dit-il, si elle voyait ça? elle tousserait énormément et ferait semblant de mourir pour échapper au ridicule. Et je serais bien obligé de faire semblant de la soigner, car, sinon, pour m'humilier moi aussi, elle se laisserait vraiment mourir?", "Je suis responsable de ma rose".

 

 

 

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Jardinez avec Prinçounet,
Étudiez les constellations avec le meilleur ami des étoiles,
Révisez votre géographie avec le petit blond a la tête de con

 

Une oeuvre qui ne grandit pas

 

Le plus délicat avec ce livre c'est que c'est une sorte d'icône, une institution, un portrait de l'enfance éternelle autoproclamé (comme Peter Pan) Tout le monde a entendu parler du Petit Prince, même s'il ne l'a pas lu et, plus gênant, chacun y projette un peu ce qu'il veut.

Dans un tel cas de figure, le rayonnement sociologique de l'oeuvre doit également être pris en compte. Car Vox populi et ses goûts lyophilisés dénaturent le message initial du Petit Prince (si tant est...).

 
Premier grief : tout ce qui reprend l'image du Petit Prince (les produits dérivés) est laid.
 
Tout ce qui se répand devient vulgaire car pour plaire à tous, l'image poétique est caricaturée, réduite à son armature, et pour être comprise par tous, elle doit perdre son ambiguïté, sa complexité, son épaisseur. Bref, nous voici bientôt en présence d'un squelette de la minceur d'une carte à jouer... ce qui n'est guère aguichant, avouons-le.

Hier encore nous pouvions acheter nos clopes avec un billet de cinquante francs à l'effigie du petit prince : classe et poétique, non ?

 

Sweet prince (en gerbicolor)

 

Deuxième grief : Il est trop connoté : voilà le problème !

La laideur de l'imagerie produite par la postérité remplace dans les mémoires le texte véritable (qui déjà...). On ne peut plus évoquer ce petit garçon niais aux cheveux blonds sans que surgisse aussitôt sa ribambelle de préceptes pourraves, sa cohorte de grands yeux d'enfant ouverts sur le monde et sur la beauté des trucs, son ramassis de naïvetés sur l'enfance éternelle. Le Petit Prince voyage avec un trop lourd bagage, celui que ses lecteurs et admirateurs lui ont tricoté au fil du temps. Laissons passer quelques demi-siècles pour le redécouvrir dans sa nudité originelle : peut-être alors lirons-nous ce chef-d'oeuvre avec le coeur, même s'il a été écrit avec les pieds ?

 
Troisième grief : Malgré lui, le Petit Prince est l'alibi de l'apathique du bulbe, celui qui se contente de peu, qui n'est pas curieux. Il se dit qu'il n'est pas un vieux con puisqu'il a su conserver son regard d'enfant (comprenez : j'ai un exemplaire du Petit Prince de Saint Ex sur mon étagère). En lisant (dans le meilleur des cas) le Petit Prince, en l'offrant à sa descendance, il croit avoir payé le tribut de l'enfance et du même coup croit avoir transmis des "valeurs" à sa progéniture.


Quatrième grief : ce texte est déprimant par son ambiance générale qui manque de joie de vivre, par l'omniprésence de la nostalgie sans autre raison que de préfigurer la mort du garçon. Tout cela nous plonge dans une mélancolie vaine. Que voulez-vous, les temps sont durs ma p'tite dame !

 
Allez, pour se faire plaisir, réécoutons le dernier couplet du « Retour de Gérard Lambert » (Renaud).

"Alors d'un coup de clef à molette,
bien placé entre les deux yeux,
Gérard Lambert éclate la tête,
du petit prince de mes deux.
(...)
C'est la morale de ma chanson,
moi j'la trouve chouette.
Pas vous ? Ah bon !"


Puis revoyons-nous la célèbre Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède (P. Desproges) : "Remettons le Petit Prince à sa place".

 

 

 

Par NounouOgg
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