
Chacun doit être l'aide-jardinier
de sa propre âme (J.K.Huysmans).
Le Jardinier, par Arcimboldo (v.1590), Musée Civico- Crémone.
Le grand Villon, dans son épitaphe burlesque, se dépeint sous les traits d’un navet tondu, prêt pour la marmite :
« (…) Il fut rez, chief, barbe et sourcil,
Comme ung navet qu'on ret ou pelle.
Repos eternel donne à cil. (…)», Villon, Epitaphe.
Cela nous autorise-t-il pour autant à proposer une parodie légumière de ses vers sublimes ?
Je le dis tout net : oui.
Las, que sont mes radis devenus ? Mais où sont les blettes d'antan ?
Après tout, Virgile lui-même ne dédaignait pas les légumes des jardins. N’a-t-il pas écrit ces lignes poignantes :
« Je peindrais la chicorée joyeuse d’être arrosée, le persil ornant les rives de sa verdure, et le tortueux concombre se traînant sur l’herbe où son ventre grossit. », (Géorgiques, livre IV) ?
Voilà, tout est de la faute de Virgile, faisons donc tranquillement notre marché.
Ballade des laitues
Frères lupins, qui après nous vivez,
N'ayez les crosnes contre nous endurcis…

Darth Potator ?
Ballade des légumes du temps jadis
Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Moha la belle Roumaine,
Vesce velue, de Hongrie,
Qui fut sa cousine germaine,
Oignon blanc que sans bruit on sème
Dessus rizière ou sur les champs,
Et la fine betterave plurigerme ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
Où est le très sage pissenlit,
Et chou fourrager et sainfoin
Fetuque ovine et Phacélie ?
Sorgho, dactyle et paturin.
Semblablement, où est le Brome
Ou sont scorsonère, navet blanc
Mélilot, Allium fistulossum ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
La crosne blanche comme radis
Qui chantait à la chélidoine,
Berce au pied d’ours la spondyle,
La Balsamite et l’aigremoine,
Et mâche, la reine de Loire
Qu'Anglais mangèrent goulûment ;
Où sont-ils, Vertumne, ce soir ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
Prince, n'enquerrez de semaine
Où ils sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont légumes d'antan ?

Dans l'espace, personne ne vous entendra
dire que vous n'aimez pas les épinards.
Salad - hommage à Arcimboldo et H.R. Giger, par Till Nowak (2006).
Et pourquoi ne pourrirait-on pas aussi les vers de Du Bellay, hein ?
Imaginez un peu…
Quand reverrai-je, hélas, dans mon petit potage
Fumer la chicorée, et le doux haricot
Reverrai-je le chou, et mon suave artichaut,
Qui m'est un supplice, et beaucoup davantage ?