Faut-il snober le snob ?


Le snob aime paraître éclectique . Il ne prend pas grand chose au sérieux. D'ailleurs le snob préfère concentrer toute son intelligence sur des conneries plutôt que de mobiliser toute sa connerie sur des choses intelligentes. Sa patience a des limites... mais il ne faut pas exagérer. Il ne connaît aucune blague belge. Il est extrêmement prétentieux.
Bref, le snob est coupable.
 
Lundi 5 mai 2008

Dans la mythologie grecque, Momos, devenu Momus en latin, est la personnification du sarcasme et de la raillerie. C’est sous son haut patronage que sera entamée une nouvelle série d’articles, consacrés au démontage en règle des fables et des mythes.



La première cible de Momus sera le pélican.


Le pélicon : quand il n’y a plus de poisson, il boulotte un pigeon.



En effet, tout chez lui exaspère : son amour immodéré pour sa géniture, poussé jusqu’au sacrifice de ses entrailles (mon fils, ma bataille), et surtout cette image cannibale qui poursuit notre inconscient et qui sert de levier culpabilisateur dans le chantage affectif des mères de toutes les générations (Quoi ? Moi qui me suis saignée aux quatre veines pour toi ? Tu me rejettes maintenant ? Ingrat !!!).

 

Il méritait donc bien d’ouvrir le bal !






Le pélican, ce héros sacrificiel … (rappel de la fable)




Les anciens croyaient que le pélican s'ouvrait la poitrine pour nourrir ses petits. En réalité, le pélican nourrit ses petits en dégorgeant les poissons emmagasinés dans sa poche membraneuse. Pour la vider, il presse son bec contre sa poitrine qu’il semble frapper, d’où l'impression qu’il se perce le flanc pour nourrir ses enfants ; d'où la légende.


Illustrations tirées de : Physiologus, édition de Rome, 1577 ; Barthélemy l'Anglais, De proprietatibus rerum (traduction Jean Corbichon), pélican se perçant le flanc pour nourrir ses petits, f. 23v. France, Le Mans, XVe siècle.

Tu aimes ta maman ? Reprends-en encore un peu…


Les moralistes du Moyen Âge ont fait de ce père exemplaire le symbole du Christ, mort pour la rédemption de l’humanité pécheresse.

Certains poètes romantiques se sont crus malins en récupérant le pélican, devenu par eux l’image du poète incompris…




Lorsque1 le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.


Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.


Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.


Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.


Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;


Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.


« - Mangez, mes bons enfants, repaissez-vous de moi,
Chaque jour j'ai cherché, exploré chaque endroit,  
Je n'ai rien attrapé, si ce n'est une grippe... »


Au banquet d’agonie s'avancent les oisons.
Mais les petits ingrats, qui voulaient du poisson,
Lui crachent d'un air las : « - Ah non, encore des tripes ! »



1 - Vous aurez bien sûr reconnu dans les six premières strophes les vers d’Alfred de Musset, tirés de « La Nuit de Mai ».

Dimanche 30 mars 2008


Pfiouuu... en manque d'inspiration, moi.



Comment s’amuser pendant un examen important quand tout semble perdu ?



Le sujet est tombé et comme prévu, nous* n’avons pas spécialement de trucs très « bateau » à servir à son propos.
Il va falloir improviser quelque chose qui tienne la route, pas facile quand on a l’esprit vagabond. L’arme principale dans cette entreprise désespérée : l’assurance inconditionnelle que nous avons en notre potentiel d’assurance dans les moments critiques.


Pas question de partir avant la fin, ne serait-ce que pour honorer les sandwiches et le thé que nous avons emportés pour résister en cas de siège de la salle d’examen.




Ce sujet, regardons-le mieux… 


« (…) il n'y a poésie qu'autant qu'il y a méditation sur le langage, et à chaque pas réinvention de ce langage. Ce qui implique de briser les cadres fixes du langage, les règles de la grammaire, les lois du discours. C'est bien ce qui a mené les poètes si loin dans le chemin de la liberté, et c'est cette liberté qui me fait avancer dans la voie de la rigueur, cette liberté véritable. » (Louis Aragon « Arma virumque cano » [« Je chante les armes et les hommes »], préface du recueil les Yeux d'Elsa, 1942 ; éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Œuvres poétiques complètes, I, 2007, p.747).

Vous analyserez et commenterez en vous appuyant sur des exemples précis.




Pour être traité décemment, le sujet requiert des connaissances :
        a) que nous n’avons pas, même en rêve (tant pis, inutile d’en parler)
        b) que nous avons (tant mieux, inutile d’en parler)
        c) que nous savons devoir placer quelque part mais, notre mémoire nous faisant défaut, nous n’avons pas le bagage suffisant pour les traiter sérieusement (voir ce qui suit).


Deux solutions s’offrent à nous : se faire suer et flipper durant six heures, ou profiter de ce temps pour tenter une expérience d’écriture tout en s’amusant… à votre avis quelle piste choisissons-nous ? Bien sûr, vous l’avez deviné, nous choisissons sans mollir le suicide stylistique.






 

Arghhh... l’appel de « Qu’as-tu lu » !




Noyer le poisson



En ce qui concerne ce dont nous sommes sûrs de devoir parler, opérons ce qu’on appelle une ‘glissade’. Par exemple, ne parlons pas en détail de l’œuvre de Stéphane Mallarmé (impossible), contentons-nous d’être évasifs : « (…) c’est le cas dans la conception mallarméenne du sujet lyrique ». L’auteur est, au passage, re-catégorisé en adjectif, pour suggérer qu’on parle d’un mouvement en connaissance de cause mais qu’on n’a pas le temps de le faire bien.
Si un fragment de citation, une expression, nous reviennent en tête nous les citons tels quels, sans expliquer : « (…) ou le « choc-poésie » selon Reverdy. ».


Le ‘grand écart’ (chronologique) présente l’avantage de la surprise. Mais est-ce bien raisonnable à notre âge ? Prenons l’exemple du croisement sauvage entre un lettré de l’époque romane et un poète contemporain, exemple qui tente de masquer que ces deux références nous sont venues comme ça, pouf, et qui caresse l’espoir de prouver que nous ne sommes pas bloqués sur une époque précise (un écueil fatal dans une dissertation de littérature générale) :
« on a le sentiment que les pionniers, les défricheurs de la liberté poétique ont accompli leur œuvre, que leurs successeurs sont ce que Robert de Chartres, un chanoine du XIIème siècle, appelait, en parlant des intellectuels du Moyen Âge par rapport aux figures de l’antiquité, « des nains sur les épaules des géants », ou plus proche de nous « des pigeons sur la tête des statues » pour paraphraser un poème de Jean Michel Maulpoix. » L’analogie est bien évidemment purement formelle…



Nous pouvons également pratiquer le raccourci saisissant ou le résumé ‘de la mort’ (attention ça décoiffe) : « Difficile de penser qu’un chemin relie directement Villon à Aragon. »


Le double salto arrière avec trépanation est désormais à notre portée : « La révolution romantique (…) s’empare de la liberté d’exprimer spontanément ses intuitions, dans le jaillissement de l’écriture sous la plume : Lamartine médite, Victor Hugo contemple. ».




Se noyer tout court



Mais nous ne sommes pas au bout de nos expériences et nous ne quitterons pas la salle avant d’avoir pu placer :
- Une dérivation de derrière les fagots : « Puisqu’il s’agit de briser les règles du langage et de suivre un chemin de liberté tracé par des prédécesseurs, que le poète suive leurs brisées en brisant lui-même les règles ».
- Une métaphore respiratoire, avec double mouvement : « l’aspiration à cet idéal du langage lyrique expire dans la seconde moitié du XXème siècle
- Une antanaclase minable : « se faire une règle de les abattre toutes »
- Un hypozeuxe tout naze : « avec la liberté la rigueur, avec la méditation l’ascèse. »
- Une métaphore mollement filée (pardon Arthur) : « (…) déjà en germe chez Rimbaud qui, outre ses rimes, aime semer des images étranges (…) ».

 

Et puis sauve-qui-peut ! Dans la foulée, ne nous épargnons rien, pas même l’adresse directe au correcteur (après tout, s’il y a vraiment quelqu’un qui nous lit…) : « Le langage poétique, en marge de la langue, est perpétuellement menacé d’obsolescence : les images éblouissantes d’hier font les clichés d’aujourd’hui. Le poète doit constamment réinventer son langage pour toujours toucher les cœurs (oui, ceci est un cliché). ». Aïe.



Quelqu’un nous disait l’autre jour qu’on se sentait curieusement intelligent après avoir transpiré sur une composition. C’est vrai… nous avouons. Mais l’effet n’est pas durable hélas, on se sent nettement plus con après. Allons, débarrassons-nous vite de cet article…




* Oui, nous employons le nous de majesté car nous n’oublions pas que nous sommes snobs (et paf !).

 

 

 

Samedi 16 février 2008

Le Jardinier, par Arcimboldo (v.1590), Musée Civico- Crémone.


Chacun doit être l'aide-jardinier 
de sa propre âme (J.K.Huysmans).




Le grand Villon, dans son épitaphe burlesque, se dépeint sous les traits d’un navet tondu, prêt pour la marmite :
« (…) Il fut rez, chief, barbe et sourcil,
Comme ung navet qu'on ret ou pelle.
Repos eternel donne à cil. (…)»,
Villon, Epitaphe.




Cela nous autorise-t-il pour autant à proposer une parodie légumière de ses vers sublimes ? 

Je le dis tout net : oui. 

 Las, que sont mes radis devenus ? Mais où sont les blettes d'antan ?




Après tout, Virgile lui-même ne dédaignait pas les légumes des jardins. N’a-t-il pas écrit ces lignes poignantes : 
« Je peindrais la chicorée joyeuse d’être arrosée, le persil ornant les rives de sa verdure, et le tortueux concombre se traînant sur l’herbe où son ventre grossit. », (Géorgiques, livre IV) ? 



  

Voilà, tout est de la faute de Virgile, faisons donc tranquillement notre marché.





 

Ballade des laitues  

 

Frères lupins, qui après nous vivez,
N'ayez les crosnes contre nous endurcis…

 


Store Wars
Darth Potator ?

 

Ballade des légumes du temps jadis 

 

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Moha la belle Roumaine,
Vesce velue, de Hongrie,
Qui fut sa cousine germaine,
Oignon blanc que sans bruit on sème
Dessus rizière ou sur les champs,
Et la fine betterave plurigerme ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
 


  

Où est le très sage pissenlit,
Et chou fourrager et sainfoin
Fetuque ovine et Phacélie ?
Sorgho, dactyle et paturin.
Semblablement, où est le Brome
Ou est navette, scorsonère, navet blanc
Mélilot,  Allium fistulossum ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?
 




La crosne blanche comme radis
Qui chantait à la chélidoine,
Berce au pied d’ours la spondyle,
La Balsamite et  l’aigremoine,
Et mâche, la reine de Loire
Qu'Anglais mangèrent goulûment ;
Où sont-ils, Vertumne, ce soir ?
Mais où sont nos légumes d'antan ?


Prince, n'enquerrez de semaine
Où ils sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont légumes d'antan ?




Salad - hommage à Arcimboldo et H.R. Giger, par Till Nowak (2006)
Dans l'espace, personne ne vous entendra 
dire que vous n'aimez pas les épinards.
   



Et pourquoi ne pourrirait-on pas aussi les vers de Du Bellay, hein ?
Imaginez un peu…



 

Quand reverrai-je, hélas, dans mon petit potage
Fumer la chicorée, et le doux haricot
Reverrai-je le chou, et mon suave artichaut,
Qui m'est un supplice, et beaucoup davantage ?

Vendredi 21 décembre 2007

Le nonsense peut-il impunément traverser la Manche, le Rhin et l’Elbe ? L’adaptation cinématographique du texte de Charles Lutwidge Dodgson (alias Lewis Carroll) par le Tchèque Jan Svankmajer nous permettra certainement de répondre à cette question...


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Where is my mind ?


 

Dès le début du film, nous sommes avertis par la voix d’une petite fille : « Un film pour les enfants... peut être... Peut être, si l'on se fie au titre. Pour cela, il faut fermer les yeux. Sinon, vous ne verrez rien du tout ».

On s’essaye à fermer les yeux pour voir au-delà des objets du quotidien, et s’ils prennent vie, c’est qu’on accepte de fermer les yeux sur une certaine absence de logique. C’est un rêve.

 


Rêve ou cauchemar ?


L’univers de l’histoire est construit par un ensemble d’oppositions simples (intérieur / extérieur, grand / petit, ouvert / fermé) qui ne coïncident jamais, tant leurs variables semblent difficiles à paramétrer, donnant lieu à des obstacles continuels pour Alice : « les objets ont un esprit », oui. Un esprit pervers.

Comme Carroll, Svankmajer construit un monde à l’envers qui n’est jamais remis à l’endroit, un monde qui échappe à toute cohérence. Dans ce monde, on grandit et rapetisse sans aucune logique, sans respecter les proportions, ni même les rapports existants entre les choses. Quand Alice mange alternativement d’un champignon qui fait grandir et d’un champignon qui rapetisse, on voit à l’image les sapins qui se trouvent dans la pièce pousser et rétrécir sans que la chambre elle-même ne change de dimensions. Les liens logiques du rapport de proportion (qui consiste à poser comme équation : si je suis plus petite, alors nécessairement mon environnement me paraîtra plus grand) sont ici complètement faussés.


S’il semble que l’histoire n’obéit pas à notre logique, ce n’est pas qu’elle en est dépourvue : les idées s’enchaînent suivant leur logique propre. Par exemple, considérons qu’une chenille est une chaussette qui prend vie et fait des trous dans le plancher. Si une de ces chenilles, mettons le ver à soie par exemple, devait, pour une raison ou une autre, parler à Alice, il faudrait impérativement qu’elle soit une chaussette possédant des yeux et une bouche. Où les prendrait-elle ? Forcément dans un tiroir, d’où elle tirerait un dentier et deux yeux qu’elle ajusterait sur les trous qu’elle aurait préalablement ménagés au « talon » et à l’extrémité du « pied ». Si, quand la chenille a fini de parler, elle s’endort, comment refermer ces trous quand on est une chaussette ? En les raccommodant avec du fil, tout simplement… etc.



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“Tell 'em a hookah smoking caterpillar has given you the call.”



Le Merveilleux domestique


Le texte de Lewis Carroll était déjà en soi un jeu de langage permanent, le film de l’animateur tchèque propose un jeu d’images, qu’il souhaite comme des équivalents aux expressions du nonsense britannique.

La difficulté du support filmique, c’est qu’il faut donner corps, ou plutôt apparence de corps, à des idées. Comment rendre visuellement le champignon ou la potion dans la fiole ? Imaginer un vrai champignon, vivant, et même très coloré, oblige automatiquement à « construire » le monde qui a produit ce champignon : un monde à l’avenant, merveilleux et délirant (type Disney). Idem pour la fiole : aura-t-elle l’air magique ?

Svankmajer ne se pose pas ce genre de questions. Alice est un rêve et le rêve repose sur le matériau de la réalité, privé de sa logique diurne. Le réalisateur prend donc les objets à sa disposition pour en faire les éléments merveilleux de son histoire. Un truc en bois pour repriser les chaussettes, qui a vaguement la forme d’un champignon, servira de champignon. Une bouteille d’encre d’écolier (il y en a plein la maison) servira de fiole magique.


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- Hey, I can’t find bottom! (Une histoire à tiroirs)




Jeux interdits : une vision fantasmagorique de l’enfance


Dans l’imaginaire de la petite fille, la question de l’identité se manifeste sous la forme d’un jeu de poupées. Pour Svankmajer, la question de l’identification à la poupée est prise au pied de la lettre : devenir poupée ou faire de la poupée une petite fille. Ce jeu de transfert se mêle bien sûr au jeu sur les échelles, histoire de brouiller encore les repères.

Première scène : Alice est au bord de l’eau avec sa nourrice. Elle jette des cailloux dans le liquide. Peu après dans le film, Alice reproduit cette scène en transposant les personnages : petite fille et nourrice sont des poupées (changement d’échelle), tandis que les cailloux (taille réelle) sont jetés dans une tasse pleine de thé.


Au cours du film, quand Alice rapetisse, c’est pour devenir poupée (vêtue de la même manière qu’elle, blonde également) ; grande, Alice reprend ses traits d’enfant, sauf une rare fois où elle devient une poupée géante, sorte de sarcophage d’où la petite fille doit s’extirper en lui déchirant les entrailles.


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Doll in a girl house /Girl in a dollhouse



Une autre obsession récurrente de l’enfance, le jeu avec la nourriture. Alice, curieuse de nature et désinhibée dans son expérience onirique, expérimente tout :

 - goûter les choses interdites : l’encre, la sciure…

 - mêler nourriture et objets : dans la scène du thé chez le chapelier fou, le lièvre de mars tartine du beurre sur des montres à gousset, puis les accroche au poitrail du chapelier, ainsi que des médailles.

En contrepoint, on a beaucoup d’images de « dévoration » où la petite fille est engloutie, notamment par un tiroir.


Quant à transgresser les interdits, Alice ne fait que ça :

 - suivre un lapin qu’elle ne connaît pas.

 - ouvrir les tiroirs et prendre ce qu’elle y trouve

 - s’obstiner à ouvrir les portes qui lui sont fermées…



Littérature anglo-saxonne vs cinéma tchèque : un film moins intellectuel, plus organique.


L’interprétation de l’univers de Lewis Carroll peut être légère, grotesque ou au contraire cauchemardesque, angoissante.

Très proche de l’esprit du britannique quand il voit en Alice une petite fille curieuse qui s’ennuie, Svankmajer s’écarte de l’œuvre modèle quand il ôte à la narration sa malice et son humour, et lui confère au contraire un aspect horrifique. On retrouve les principaux épisodes : le lapin blanc, qui est poursuivi par Alice tout au long du film, la mare aux larmes, la Mad Tea Party chez le lièvre de mars, la cuisinière et le bébé, la chenille, le jeu de cartes et le procès (notons en revanche un grand absent, le chat du Cheshire).



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Vous reprendrez bien un peu de sciure de lapin ?


Toutes ces histoires très connues s’enchaînent comme de petites saynètes macabres, ou drolatiques, dont l’aspect horrifique repose sur trois piliers :


 - Les sons grinçants qui mettent mal à l’aise (par exemple les incisives du lapin blanc, que la manducation racle les unes contre les autres)

 - L’usage de toute une panoplie d’éléments ayant trait à la mort ou au morbide (squelettes, chair de viande, insectes) à la base d’assemblages farfelus : un crâne d’animal ajusté sur un corps de poulet mort non encore déplumé, rappelant les compositions drolatiques de la Renaissance mais en plus concret.

 - Une forme de fascination pour la destruction, le sale, le cassé, l’usé, tout ce qui peut nous rappeler à notre condition d’humains soumis au temps. « Ce qui m’intéresse, ce sont les imperfections de la matière car c'est ce qui rend les films subjectifs. », nous rappelle Svankmajer.



Alice, (titre original : Neko z Alenky) est un film que caractérise un « surréalisme sarcastique », comme Svankmajer le définit lui-même. Avant tout, c’est une aventure livresque revendiquée : n’y cherchez pas de voyage, seulement un jeu d’enfant.

"Alice appartient à ma mythologie. Je tournais autour de ce roman depuis longtemps [...] Ce n'est que plus tard que j'ai eu le courage de me mesurer au vrai Alice. Je devais affronter également les interprétations d'Alice déjà existantes. La plupart du temps on le présente comme un conte pour enfants. Pour moi ce n'est pas un conte de fées mais un rêve".

J.SVANKMAJER, in Positif n°345, 1989.



À noter : Tim Burton devrait tourner son adaptation d'Alice aux pays des merveilles, utilisant la technique dite de Performance Capture (déjà employée par Robert Zemeckis). Le tournage est prévu de janvier à mai 2008, le film sera présenté en salles en version 3-D pour une sortie en 2010 (Source : Allocine).

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 22 novembre 2007

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Red Son : an else world


Superman, personnage archétypal américain à l'instar de Mickey Mouse ?


Dans un scénario légèrement différent (une uchronie), Mark Millar a imaginé que la fusée renfermant le petit alien atterrissait 12 heures plus tard, dans une sorte de "Malenkygrad" kolkhosien d'Ukraine. L'enfant est donc élevé dans une laborieuse (mais joyeuse) communauté agricole du peuple, où il prend peu à peu conscience de ses pouvoirs, puis monte à Moscou pour se rendre utile. Très vite repéré par les services de renseignement de Staline, on lui propose un poste de Surhomme du Parti, futur successeur du petit père des peuples. En pleine période d'hostilité grondante avec les USA, une gigantesque propagande est orchestrée autour de cet individu costumé plus fort que toutes les armes américaines, ce super héros alien converti à l'idéal communiste, arborant la faucille et le marteau sur sa poitrine robuste.


Les idéaux de Superman sont toutefois plus nobles, il ne veut pas de la direction du Parti " Je suis venu à Moscou pour aider l'homme de la rue. Je suis un travailleur, pas un tribun". Le héros sauve des vies à foison, y compris de l'autre côté de l'océan Pacifique, l'occasion pour lui de rencontrer Loïs Lane.

Pourtant, les circonstances vont le pousser à prendre le pouvoir après la mort de Staline et à construire le monde parfait auquel toute sa nature d'extraterrestre aspire.

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Lénine, Staline, Khrouchtch Superman...


Graphiquement, le travail de Dave Johnson, puis de Kilian Plunkett, est vraiment saisissant. Les couvertures originales, les pleines pages, et même certaines vignettes du comics, sont (très) inspirées de l'imagerie totalitaire communiste, que ce soit les monuments ou les attitudes des personnages. Et oh surprise, le côté si américain des mâles mâchoires carrées colle pertinemment au style propagandiste soviétique.



Vous le comprendrez vite, Red Son est une oeuvre riche et hyper-référentielle.

Dans cette habile uchronie, d'autres personnages de l'histoire originale de Superman sont également de la partie. On voit ainsi Martha Kent craindre que Superman surveille les habitants de Smallville jusque dans leurs toilettes. Loïs Lane devient toujours la rédactrice en chef du Daily Planet mais elle épouse Lex Luthor et ne connaîtra que fort peu Superman, pour lequel elle éprouve cependant de l'attirance (la dernière partie du comics est de ce point de vue excellente, on y voit Loïs en clone racinairement décollé d'Hillary Clinton lutter contre Superman aux côtés de son puissant époux). Lex Luthor en génial savant fou appelé à devenir le maître de l'univers, délaisse toutes ses occupations pour se consacrer entièrement à Superman.


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Batkounine : l'anarchie était en noir


D'autres héros, bien connus de nos services, entrent dans l'intrigue d'une façon inattendue. Les Amazones de Paradise Island se rapprochent de Staline pour ses idées avancées en matière de droit des femmes et Wonder Woman devient ainsi l'alliée occasionnelle de Superman. On retrouve aussi un jeune garçon, dont la famille a été massacrée pour les besoins de la cause communiste, se réfugier dans les égouts au milieu des chauves-souris, puis devenir le principal ennemi du monde parfait que Superman a mis en place, incarnant l'anarchie en chapka fourrée.



Superman Red Son est mon premier comics et une excellente surprise (grand merci au généreux philanthrope qui me l'a fait découvrir):

M. Millar, D. Johnson, K. Plunkett, Superman Red Son, 2003, édité chez Panini Comics 2005 (version française).



Quelques citations :


"Six millions de vies épargnées, un incident évité qui aurait pu déclencher une guerre... et mon souvenir le plus marquant de cette journée mesurait 1,55 m et portait Chanel n°5."


" Excusez-moi de déranger une parfaite soirée d'oppression totalitaire, mais j'ai un message pour ceux qui tiennent à la vie."


"Norman Rockwell, la tourte aux pommes, la bannière étoilée et le quatre juillet : le président m'a commandé une création qui symboliserait tout ça et qui rendrait à l'Amérique une fierté dont elle a bien besoin."

 

 

 

 

 

 

 

 



par NounouOgg publié dans : Crop Circles
 

Colorama

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